vendredi 2 septembre 2011

Jour 2

Vendredi 2 Septembre.

Au programme : numération, atelier de résolution de problème et gestion de groupe.

Pour bien commencer la journée, et échauffer tranquillement le cerveau, petite balade dans les vignes (à 8 h du matin, je précise). Objectif: ramasser 400 baies (des grains de raisins en l’occurrence) pour en faire de la purée et l'apporter pour analyse. Mon guide m'a dit 400 (en réalité 200 chacun) pas une de plus, ni de moins.
Je décide, grâce à mes précédentes expériences en la matière avec mes élèves de CE1, de procéder par groupement: toutes les dix baies, je les mets dans le sac et fais un premier paquet de cent.
Changement de cépage pour la seconde centaine. Tout se passe bien, malgré le fait que mon cerveau soit aussi embrumé par l'heure matinale, que mes chaussures trempées par la rosée (elle aussi matinale). Penser à prendre ma paire de bottes ou mes chaussures de randonnée toujours à portée de pieds, afin d'éviter le désagrément du pied humide toute la matinée.

La plus grande épreuve de ma seconde journée fut ma première approche de la gestion et de la comptabilité. Rencontre avec une femme charmante, assez mal à l'aise au départ de devoir enseigner quelque chose à une instit. J'essaie de me faire discrète, mon carnet de note à la main, tel un chevreuil se cachant derrière une feuille de vigne. Mais assez vite, je me rends compte que si je suis en capacité d'écrire ce qu'elle semble faire, en comprendre les termes est beaucoup plus compliqué. TVA, factures au fournisseurs, factures aux clients, référentiel matériel codé 6 parce que ça relève des biens immobilisés (comprends pas, un tracteur ça bouge pourtant !)
Ok madame, va falloir m'expliquer lentement, longuement, patiemment afin que je puisse intégrer tout ça. 2 heures plus tard , (comment ça ? seulement deux heures ? j'ai mal au crâne et j'ai l'impression d'y avoir passé la journée!) j'abandonne ma maîtresse du jour afin qu'elle puisse faire son travail (parce qu'elle est tellement adorable, qu'elle a tout mis de côté pour ma formation privée !) et je me lance dans la création d'outils qui, je l'espère me permettront de moins galérer à l'avenir en gestion et comptabilité. (les chiffres ne sont pas mes ennemis, les chiffres ne sont pas mes ennemis, les chiffres ne sont pas mes ennemis...)

Les locataires du gîte passent commander quelques bouteilles, je joue à la marchande (ça, j'aime bien !) et les livre à domicile (il faudra d'ailleurs que je pense à vous faire un plan de vignoble pour mieux visualiser mes trajets quotidiens).

Fin de journée, je m'échappe et emmène ma fille rencontrer son instit qui a vraiment l'air ravie d'être dans sa classe à préparer son matériel, tout en me disant qu'elle a lu un article sur les nouveaux instit (qu'il faut entendre comme "personnes passant dans l'éducation nationale, mais s'orientant sur une seconde carrière par la suite"), je la crois sur parole, je comprends bien ces instit fatigués, usés, réduits à l'état de pion... et suis fière d'être de celles qui ont osé le changement.

jeudi 1 septembre 2011

1er jour

Jeudi 1er Septembre.

Je commence aujourd'hui ma nouvelle carrière. Après 6 années dans l'enseignement, ma pré-rentrée sera toute autre. Devenir Vigneronne ne va pas se faire en un jour, ni sans effort.
Première mission: étiqueter . Les étiquettes, ça me connaît, ce ne sera pas la première rentrée où je colle des étiquettes, la seule différence est qu'il ne s'agit plus de cahiers, mais de bouteilles de la cuvée "les pruniers 2001". La quantité également varie : 488 bouteilles !
Ma nouvelle amie: l'étiqueteuse
Soyons honnêtes : une machine (qui devient vite mon amie) met les capsules et colle les fameuses étiquettes. A ma charge de sortir les bouteilles du palox, les laver (et oui, du vin stocké depuis 2001, c'est poussièreux et parfois collant !), les déposer sur un tapis roulant, les récupérer en sortie (avec un oeil sur le bon fonctionnement de la machine: bouteille qui tombe, étiquette qui dérape et se colle en accordéon ou capsule qui ne capsule pas !) , monter des cartons, y installer les bouteilles et envoyer dans la scotcheuse, récupérer les cartons bien fermés (on contrôle aussi le scotchage s'il vous plait !), et on empile les cartons dans un ordre bien précis !
488 bouteilles et quelques 4 heures plus tard, mon débardeur est taché, mon sarouel s'est accroché 3 fois dans la scotcheuse, mais je suis fière de moi ! (note pour plus tard: trouver une tenue qui puisse s'abîmer sans remords, tout en étant présentable si des clients débarquent !)

Mon guide va ensuite m'emmener visiter les différents lieux à connaître: fournisseur de matériel viticole, laboratoire d'analyse, réparateur en tous genres...
L'avantage incontestable de ce métier est qu'on reste trés peu statique: que le vignoble parait grand à mes petites jambes (lourdes en cette première soirée) du bureau au chai, du chai au gîte, du gîte au bureau (comment ? j'ai oublié un tournevis ? je dois retourner à l'atelier ?) -note pour plus tard: acheter un podometre, pour justifier auprès de certaines de mes amies le fait que je n'ai pas besoin de me rendre dans une salle de sport !-

Mission numéro 2 : préparer le gîte afin d'accueillir nos premiers clients (enfin, pas vraiment, ce sont des amis du propriétaire). Cela fait en réalité plusieurs mois que j’œuvre pour l'aménagement de ce lieu non sans aide précieuse. Donc, un dernier coup de serpillère en début d'après midi, un petit bouquet de rose coupé fraichement dans le jardin et hop, c'est prêt !

Le reste de ma journée s'est articulée autour de petites taches administratives, au frais, dans le bureau.

Je pense à mes collègues: eux aussi dans les allers et venues d'aménagement de leur classe, afin de la rendre hospitalière aux nouveaux venus. Ici, personne à qui raconter mes vacances, pas de réunionite aigüe, pas de stress d'effectifs, ni de préparation lourde.
J'ai mes objectifs, je les organise et je me gère et surtout, surtout, je n'ai pas à faire le guignol devant mes grappes de raisin ou devant mes bouteilles  pour leur expliquer que c'est dans leur intérêt que je suis là. Quoique, je devrais peut être...